Santé Sud à Sidi Bouzid et Gafsa : diabète, cancer du sein et ce qui reste après le projet SAM

Sonia Zemzem, représentante nationale de Santé Sud en Tunisie, invitée de Midi à la carte sur RTCI

Le 6 octobre 2026, j'ai reçu dans Midi à la carte, sur RTCI, Sonia Zemzem, représentante nationale de Santé Sud en Tunisie. Nous avons parlé d'accès aux soins, de diabète et de cancer du sein à Sidi Bouzid et à Gafsa, à l'occasion de la clôture du projet Sahat el Mojtama3 (SAM).

Santé Sud est présente en Tunisie depuis 1986. Ce qui m'intéressait, c'était de comprendre ce qui se passe entre une première rencontre avec une association et une consultation réellement obtenue, puis ce qui reste sur le terrain quand un projet se termine.

Les moments forts de l'entretien, en 4 minutes 47.

Agir sans remplacer : la méthode de Santé Sud en Tunisie

J'ai commencé par la formule que l'organisation met en avant : « agir sans remplacer ». Sonia Zemzem l'a résumée simplement : Santé Sud intervient sur ce qui existe déjà. Formation, accompagnement sur site, réhabilitation d'infrastructures, mais à partir des besoins exprimés par les équipes locales. « On n'invente pas les besoins », m'a-t-elle dit, et le pilotage comme la décision restent au niveau des équipes sur place.

Cette logique se retrouve dans la fin du projet. Selon elle, la stratégie de sortie se pense dès la conception : avant même de commencer, l'équipe réfléchit à ce qui pourra se maintenir.

Sidi Bouzid et Gafsa : diabète et cancer du sein

Pourquoi ces deux gouvernorats ? Ce sont des régions de l'intérieur, où Santé Sud cherche à intervenir là où les organisations sont peu présentes et l'accès aux services plus difficile. Le diabète et le cancer du sein ont été retenus parce qu'un bon dépistage peut y changer la trajectoire du patient.

Le projet s'est appuyé sur des associations partenaires, dont certaines n'étaient pas spécialisées en santé : l'ATEJ, Ladies First et l'ARND à Sidi Bouzid, Mash'hed à Gafsa. Un exemple m'a marqué : Ladies First, association féministe basée à Sidi Bouzid, a créé un espace de consultation dans son siège, avec des consultations et un dépistage gratuits assurés par des médecins bénévoles de la région. Sonia Zemzem parle d'un « franc succès ».

Le bilan en chiffres

J'ai posé la question qui compte : combien de personnes orientées ont réellement consulté ? Sonia Zemzem a fait la distinction elle-même :

  • un peu plus de 2 200 personnes ont eu des contacts et des recommandations de consultation ;
  • environ 1 150 personnes ont effectivement consulté ;
  • 247 femmes ont été dépistées pour le cancer du sein, dont 23 présentaient des facteurs de risque ;
  • quatre centres de santé ont été réhabilités, deux à Gafsa et deux à Sidi Bouzid, et ont reçu du matériel médical.

Elle n'a pas caché l'écart entre recommandation et consultation. Parmi les freins cités : la peur d'un traitement trop lourd, notamment sur le plan économique, et la peur que tout le monde soit au courant de sa maladie. Pour le cancer du sein, elle se dit satisfaite compte tenu de la sensibilité du sujet, mais l'objectif reste que toutes les femmes concernées aillent au bout du parcours.

Cancer du sein : le tabou et la peur d'en parler

Nous sommes en plein Octobre rose, et c'est le passage de l'entretien qui m'a le plus frappé. Sonia Zemzem a évoqué de nombreux témoignages de femmes qui avaient peur de parler de leur maladie parce qu'elles craignaient que leur mari puisse les quitter.

Pour elle, la question dépasse la santé : elle touche au rôle attendu des femmes, à la maison comme vis-à-vis des enfants. D'où un travail de déconstruction des préjugés et d'engagement des familles. Et une méthode : écouter les raisons de l'hésitation, au cas par cas, convaincre sans forcer, en reconnaissant aussi le droit de ne pas vouloir consulter. « Ce dont on a besoin, c'est vraiment du temps », a-t-elle résumé, et c'est ce dont les centres de santé manquent.

Diabète : ce qui se passe entre deux rendez-vous

Pour le diabète, ce qui a fait la différence selon elle, ce sont les activités proposées entre deux rendez-vous médicaux : activités sportives, activités culinaires. Des patients ont expliqué qu'ils avaient compris qu'ils pouvaient agir sur leur maladie, et pas seulement en se déplaçant vers un centre de santé ou un spécialiste.

Après la clôture : ce qui s'arrête, ce qui continue

C'est souvent la question que je pose aux porteurs de projets : que reste-t-il quand le financement s'arrête ? Sonia Zemzem a été précise. Ce qui s'arrête, c'est l'investissement en dur : les travaux et le matériel. Ce qui se maintient, d'après les engagements qu'elle a annoncés :

  • des noyaux de formateurs créés au sein des directions régionales de la santé (DRS), qui s'engagent à dupliquer la formation ;
  • les activités culinaires et sportives, que les associations s'engagent à garder dans leur offre ;
  • la recherche de moyens pour maintenir les relais communautaires, qui reposent essentiellement sur le bénévolat.

En fin d'entretien, elle a aussi exprimé le souhait de Santé Sud de porter un plaidoyer sur la santé mentale des adolescents en Tunisie, si les opportunités se présentent.

L'interview complète en deux parties

Partie 1 : Santé Sud et son approche en Tunisie, le dépistage précoce du handicap chez l'enfant, le choix de Sidi Bouzid et de Gafsa, le rôle des relais communautaires et des associations, l'espace de consultation de Ladies First, la formation en éducation thérapeutique.
Voir la partie 1

Partie 2 : le bilan des contacts et des consultations, le dépistage du cancer du sein, les tabous, le suivi du diabète, ce qui s'arrête et ce qui continue après la clôture, le plaidoyer sur la santé mentale des adolescents.
Voir la partie 2

Merci à Sonia Zemzem pour cet échange franc, et à Rym Trabelsi et Hiba Ben Arfa pour la réalisation vidéo. Pour en savoir plus, je vous renvoie au site et à la page Facebook de Santé Sud.

Midi à la carte, de 12h à 14h sur RTCI.

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