La musique raconte la musique : Chakchouka pour la Journée internationale de la musique
Le 1er octobre, c'est la Journée internationale de la musique. L'idée vient du Conseil international de la musique, fondé par l'UNESCO en 1949. Le violoniste Yehudi Menuhin, alors président du Conseil, a lancé la première édition le 1er octobre 1975.
Pour cette date, Chakchouka a consacré trois heures sur RTCI à des chansons dont le vrai sujet est la musique. Pas des chansons où elle sert de décor. Des chansons qui parlent de ceux qui la jouent, de ceux qui la vendent et de ceux qui l'écoutent.
Tu as suivi le parcours d'un musicien en sept chapitres, de l'envie de jouer jusqu'à l'hommage. Rock, rap, salsa, chanson française, soul, metal, disco, et une voix arabe avant minuit. La tracklist complète est en bas de l'article.
1. L'envie de devenir musicien
La soirée a commencé en 1958 avec Chuck Berry. Johnny B. Goode raconte un garçon de la campagne qui sait à peine lire et écrire, mais qui joue de la guitare comme personne. Depuis 1977, le morceau est gravé sur le disque doré embarqué à bord des sondes Voyager.
Dans Juke Box Hero, Foreigner suit un garçon resté dehors, sous la pluie, devant un concert complet. Il finit par acheter une guitare d'occasion. Avec La Guitarra, Los Auténticos Decadentes racontent un fils qui refuse de travailler, d'étudier et de se marier comme le veulent ses parents. Il veut jouer de la guitare. Jorge Serrano l'a écrite alors qu'il allait devenir père de jumelles.
Eminem a fermé le chapitre avec Lose Yourself, tiré du film 8 Mile. Un jeune rappeur de Detroit monte sur scène pour un battle, et les mots ne sortent pas. En 2003, c'est le premier titre de rap à recevoir l'Oscar de la meilleure chanson originale.
2. Former un groupe et faire ses preuves
Rock & Roll Band, de Boston, raconte une ascension classique : les bars, les nuits en voiture, puis le contrat. C'est le récit de la chanson, pas l'histoire réelle du groupe. Boston s'est construit autour des maquettes que Tom Scholz enregistrait dans son sous-sol.
Avec Tout n'est pas si facile, Suprême NTM revient sur les débuts du hip-hop en France. Ce n'est pas seulement un groupe qui se forme, c'est toute une scène. Bryan Adams, dans Summer of '69, se souvient de sa première vraie guitare et du groupe qui s'arrête quand la vie reprend le dessus. AC/DC raconte le métier au présent dans It's a Long Way to the Top, avec une cornemuse jouée par Bon Scott lui-même.
3. Gagner sa vie en musique, sur scène et sur la route
En 1972, Billy Joel joue six mois au piano dans un bar de Los Angeles, l'Executive Room, sous le nom de Bill Martin. Il en tire Piano Man. Joel affirme que tous les personnages de la chanson sont des personnes réelles qu'il côtoyait dans ce bar.
Un soir de pluie, à Deptford, au sud de Londres, Mark Knopfler entre dans un pub presque vide. Un petit groupe de jazz joue pour trois ou quatre personnes et annonce son nom à la fin : les Sultans of Swing. Dans Paid in Full, Rakim n'a plus un sou, ouvre ses cahiers de rimes et part au studio pour être payé.
Puis la route. Bob Seger a écrit Turn the Page au début des années 1970, sur la fatigue des tournées. Tu l'as entendue dans la version de Metallica, de 1998. Paul Simon a écrit Homeward Bound pendant ses années de folk en Angleterre, probablement dans une gare du nord-ouest du pays. Willie Nelson a commencé à écrire On the Road Again en avion, à la demande des responsables du film Honeysuckle Rose.
Le chapitre s'est terminé avec ceux qu'on ne voit pas. (We Are) The Road Crew est l'hommage de Motörhead à ses roadies. Lemmy connaissait le métier : il avait été roadie, notamment pour Jimi Hendrix. Dans The Load-Out, enregistré en concert en 1977, Jackson Browne remercie le public et l'équipe qui démonte la scène.
4. L'industrie, les contrats et la liberté artistique
Dans Have a Cigar, Roger Waters fait parler un dirigeant de maison de disques qui demande lequel des musiciens s'appelle Pink. Au chant, c'est Roy Harper, invité sur le disque. Il dit ne pas avoir été payé comme convenu, et avoir dû prendre un avocat. Il a trouvé ça ironique, pour une chanson sur les arnaques du métier.
En 1977, The Clash découvre que CBS a sorti Remote Control en single sans lui demander son avis. Le groupe répond avec Complete Control, produit par Lee Scratch Perry.
Trois titres ont ensuite interrogé la manière dont la musique nous parvient et dont les artistes peuvent en vivre. Le clip de Video Killed the Radio Star, des Buggles, a été le premier diffusé par MTV, le 1er août 1981. Avec Radio Ga Ga, Queen défend la radio face aux clips. Le titre vient du fils de Roger Taylor, qui a lancé « radio ca-ca » en entendant une chanson qu'il n'aimait pas. Avec Everything Is Free, Gillian Welch interroge la possibilité de vivre de sa musique et de préserver sa liberté de créer.
5. La gloire et la chute
Dans Le Chanteur, Daniel Balavoine imagine toute une carrière : les tubes, le besoin d'être adoré, les faux adieux, puis le public qui se détourne. Michel Delpech prend le point de vue inverse dans Quand j'étais chanteur. Le narrateur a 73 ans et se souvient de ses bottes blanches et de son fan-club. Delpech a 29 ans quand il la chante.
Into the Great Wide Open, de Tom Petty and the Heartbreakers, suit Eddie jusqu'aux classements, puis jusqu'à la phrase que redoutent les musiciens : je n'entends pas de single. Avec El Cantante, écrite par Rubén Blades, Héctor Lavoe chante un artiste qui fait danser le public sans que personne ne lui demande s'il souffre. El Cantante est devenue sa chanson emblématique.
6. Ce que la musique fait à ceux qui l'écoutent
Killing Me Softly with His Song décrit une auditrice bouleversée par un chanteur qui semble raconter sa vie. L'origine de la chanson reste contestée. Lori Lieberman raconte qu'un concert de Don McLean lui a inspiré des notes transmises au parolier Norman Gimbel. Celui-ci a reconnu cette inspiration dans une interview en 1973. Le rôle de Lori Lieberman a ensuite été contesté par Gimbel et le compositeur Charles Fox.
Dans Yesterday Once More, des Carpenters, la narratrice se souvient de son enfance, à attendre ses chansons préférées à la radio. Dans Last Night a D.J. Saved My Life, d'Indeep, une femme seule retrouve le moral grâce à un DJ.
Puis deux chansons françaises aux effets opposés. Dans L'Accordéoniste, enregistrée par Édith Piaf en 1940, une femme a vu son homme partir à la guerre, et il ne reviendra pas. Elle retourne au bal, danse seule, puis supplie qu'on arrête la musique. Dans Quand la musique est bonne, de Jean-Jacques Goldman, la musique sert de refuge.
Rock Box, de Run-D.M.C., mélange rap et guitare rock, jouée par le musicien de studio Eddie Martinez. Bob Marley and the Wailers ont fermé le chapitre avec Trenchtown Rock et son premier vers : une bonne chose avec la musique, c'est que quand elle te frappe, tu ne sens aucune douleur.
7. Chanter la musique, lui rendre hommage
Dans I Used to Love H.E.R., Common parle d'une femme qu'il a aimée et qui s'est perdue en devenant commerciale. Cette femme, c'est le hip-hop.
Puis Fairouz, avec أعطني الناي وغنّ, « Donne-moi la flûte et chante ». C'est un poème de Gibran, mis en musique par Najib Hankash. Le premier vers dit que le chant est le secret de l'existence.
La soirée s'est terminée sur deux remerciements. Avec Sir Duke, Stevie Wonder rend hommage à Duke Ellington, et salue aussi Count Basie, Glenn Miller, Louis Armstrong et Ella Fitzgerald. Avec Thank You for the Music, ABBA remercie la musique elle-même.
La tracklist complète
7 chapitres, 36 titres, 2 h 35 de musique, de L'Accordéoniste en 1940 à Lose Yourself en 2002.
1. L'envie de devenir musicien
- Johnny B. Goode (Chuck Berry)
- Juke Box Hero (Foreigner)
- La Guitarra (Los Auténticos Decadentes)
- Lose Yourself (Eminem)
2. Former un groupe et faire ses preuves
- Rock & Roll Band (Boston)
- Tout n'est pas si facile (Suprême NTM)
- Summer of '69 (Bryan Adams)
- It's a Long Way to the Top (AC/DC)
3. Gagner sa vie en musique, sur scène et sur la route
- Piano Man (Billy Joel)
- Sultans of Swing (Dire Straits)
- Paid in Full (Eric B. & Rakim)
- Turn the Page (Metallica)
- Homeward Bound (Simon & Garfunkel)
- On the Road Again (Willie Nelson)
- (We Are) The Road Crew (Motörhead)
- The Load-Out (Jackson Browne)
4. L'industrie, les contrats et la liberté artistique
- Have a Cigar (Pink Floyd)
- Complete Control (The Clash)
- Video Killed the Radio Star (The Buggles)
- Radio Ga Ga (Queen)
- Everything Is Free (Gillian Welch)
5. La gloire et la chute
- Le Chanteur (Daniel Balavoine)
- Quand j'étais chanteur (Michel Delpech)
- Into the Great Wide Open (Tom Petty and the Heartbreakers)
- El Cantante (Héctor Lavoe)
6. Ce que la musique fait à ceux qui l'écoutent
- Killing Me Softly with His Song (Roberta Flack)
- Yesterday Once More (The Carpenters)
- Last Night a D.J. Saved My Life (Indeep)
- L'Accordéoniste (Édith Piaf)
- Quand la musique est bonne (Jean-Jacques Goldman)
- Rock Box (Run-D.M.C.)
- Trenchtown Rock (Bob Marley & The Wailers)
7. Chanter la musique, lui rendre hommage
- I Used to Love H.E.R. (Common)
- أعطني الناي وغنّ (Fairouz)
- Sir Duke (Stevie Wonder)
- Thank You for the Music (ABBA)
Chakchouka revient chaque jeudi, de 21h à minuit, sur RTCI. Un thème, plusieurs genres, trois heures.


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