Le 27 octobre, dans Midi à la carte sur RTCI, j'ai reçu Besma Bsir, maître assistante à l'Institut supérieur de documentation de Tunis (ISD), à l'Université de la Manouba. Sa spécialité, la mémoire audiovisuelle, est le sujet de son habilitation universitaire, soutenue en janvier. Elle est aussi membre du comité scientifique de 3IS, le symposium international sur les sciences de l'information et les systèmes intelligents, organisé à l'ISD du 29 au 31 octobre 2026. Je l'ai interrogée sur ce que l'intelligence artificielle change pour les archives audiovisuelles, les manuscrits et l'université.
Archives audiovisuelles : l'ingénieur et le professionnel de l'information
Ma question opposait deux métiers : que sait faire un professionnel de l'information qu'un ingénieur en IA ne sait pas faire ? Sa réponse tient en un mot, la complémentarité. L'informaticien développe les programmes et les plateformes. Le professionnel de l'information apporte les normes de gestion, d'analyse, d'indexation et de classification. Elle cite l'expérience de l'Institut national de l'audiovisuel, en France.
Le gain se mesure en temps. Un document audiovisuel demandait des heures d'écoute pour être indexé et classé. Avec l'IA et les systèmes développés aujourd'hui, Besma Bsir parle d'une indexation « à l'instant ».
Des archives de la radio de Sfax devenues des clips
Une IA qui restaure ou complète une archive abîmée, est-ce qu'elle sauve la mémoire ou est-ce qu'elle fabrique un document qui n'a jamais existé ? « Les deux », m'a répondu Besma Bsir.
Son exemple est concret. Cette année, un étudiant de l'ISD a fait son stage sur un fonds de la radio de Sfax, avec des outils et des programmes d'IA qu'il a développés lui-même. Il a restauré une centaine de chansons. Puis il est allé plus loin que le son : il en a tiré des vidéoclips. Il présente ce travail aux ateliers de 3IS, le samedi 31 octobre.
Manuscrits : l'entraide entre la machine et l'homme
Besma Bsir parle d'environ 45 000 manuscrits, et d'un « trésor à sauver » pour la Tunisie et sa Bibliothèque nationale. Certains outils d'IA savent déjà transcrire et indexer un manuscrit. Faut-il leur confier cette lecture ?
« Toujours l'entraide entre la machine et l'homme. »
Pour Besma Bsir, il faut profiter des spécialistes qui manipulent et restaurent déjà les manuscrits, aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale. Les outils existent : l'ISD a un scanner à livre qui permet de scanner sans toucher. Reste la formation, et sur ce point elle est nette : « C'est très important de préserver les manuscrits et de former nos étudiants. »
Un trésor audiovisuel, des formats à choisir
J'ai rappelé qu'il a fallu numériser en AVI, puis en MOV, et que c'est aujourd'hui du MP4. Les formats changent, les supports vieillissent, le matériel aussi. Besma Bsir parle de l'obsolescence, et d'un « très grand trésor » : la Tunisie a commencé à enregistrer et à produire dès les débuts de l'audiovisuel.
Il faut donc faire passer ce patrimoine dans de nouveaux formats. Et les formats de conservation ne sont pas ceux de la diffusion, plus légers sur les réseaux.
L'intelligence artificielle à l'université
Une communication de 3IS pose une question en forme d'image : l'IA dans les bibliothèques universitaires, baguette magique ou miroir ? Sa réponse :
« Ça ne peut pas être une baguette magique, ça va être le miroir, un miroir. »
Utiliser l'IA dans une recherche a été mal vu. Besma Bsir rappelle que Google a connu le même sort. Sa position est simple : « L'étudiant, il va l'utiliser, l'enseignant, il doit le maîtriser. » L'utilisation sera tolérée, d'une manière raisonnable, et l'évaluation se fera sur d'autres critères, comme la clarté et la maîtrise.
À l'ISD, les programmes ont été mis à jour pour la nouvelle génération, avec des modules consacrés à l'IA. Pour les professionnels déjà en poste, il leur faut, selon elle, des formations assurées par les grands organismes : les Archives nationales, la Bibliothèque nationale, le CDN.
Face à une réponse d'IA, le réflexe à garder
La même semaine, l'UNESCO célébrait l'éducation aux médias et à l'information. J'ai demandé à Besma Bsir quel réflexe un auditeur doit avoir face à une réponse donnée par un assistant d'IA. Chercheurs, étudiants, professionnels de l'information : tous doivent apprendre à se méfier de ce que donnent les algorithmes, car tout n'y est pas réel, vrai ou authentique.
« Tout ce qui était évident avant avec la notion d'information, ça ne va pas être la même chose à l'ère de l'IA. »
Des outils développés en Tunisie
La souveraineté numérique, pour Besma Bsir, c'est traiter les documents avec des outils d'IA développés à l'échelle nationale, sans dépendre d'outils développés à l'étranger. Elle compte sur les jeunes : « Pourquoi pas nos jeunes ? Ils peuvent développer des choses qui vont être utiles pour la préservation du patrimoine audiovisuel tunisien. »
L'entretien complet
La vidéo de cet article résume l'entretien en 4 min 32 s. L'interview complète, en deux parties, est sur la chaîne YouTube de RTCI :
Partie 1 : https://youtu.be/5qHJnP78LrQ
Partie 2 : https://youtu.be/ZpechF519nQ
Midi à la carte, RTCI, 27 octobre 2026. Réalisation vidéo : Hiba Ben Arfa et Ranim Chaibi. Réalisation audio : Tarak Drissi.

Commentaires