Le 13 octobre 2026, dans Midi à la carte sur RTCI, j'ai reçu Maître Fatma Attia, avocate, présidente d'Inspiring Leaders for Africa Network et cheffe du projet SMART Sustainable Infrastructures. Le projet réunit chercheurs, entreprises et porteurs de projets autour de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de la durabilité. Parmi ses partenaires figurent le réseau tunisien du Pacte mondial des Nations unies, le CERES, l'ESEN et le pôle technologique de Bizerte.
Ce qui m'intéressait, c'était le passage du discours au terrain. Comment une caravane, un laboratoire et un hackathon peuvent-ils produire des solutions utiles aux entreprises tunisiennes ? Fatma Attia a répondu avec précision, et parfois avec franchise.
Une caravane RSE pour écouter les régions
Premier dispositif du projet : une caravane de la durabilité et de la RSE, qui doit démarrer en novembre. Elle passera par 12 villes : Tunis, Monastir, Mahdia, Sfax, Gabès, Djerba, Tozeur, Kairouan, Sidi Bouzid, Le Kef, Béja et Bizerte. Les villes sont fixées, les dates de chaque étape seront publiées prochainement.
Je lui ai demandé pourquoi une caravane plutôt qu'une série de conférences à Tunis. Sa réponse tient en une phrase :
« Dans le cadre de l'inclusion territoriale, c'est à nous, les experts aussi, de se déplacer afin de faire entendre les voix qu'on n'arrive pas à écouter, qui ne peuvent pas forcément se déplacer sur Tunis, la capitale. »
Elle a ajouté que 12 villes, c'était presque peu. Le public changera d'une étape à l'autre : agriculteurs dans certaines villes, industrie pharmaceutique ou textile dans d'autres, selon le tissu économique local.
La Fresque de la RSE : faire émerger des solutions plutôt que les imposer
Fatma Attia anime elle-même la Fresque de la RSE, un atelier ludique de trois heures à trois heures et demie, pour lequel elle a été formée en France. Elle oppose ce format à la formation magistrale :
« On n'est pas là pour leur donner des solutions […]. Alors là, notre présence sera pour faciliter, pour créer des liens, pour faire, pour faire émerger des solutions qui sont plus susceptibles de répondre à des besoins spécifiques à chaque territoire. »
L'atelier commence par une prise de conscience des enjeux RSE, puis il pose la question de qui décide et de qui peut agir. Selon elle, on en ressort avec un plan d'action qui peut être directement opérationnel.
Ce qui bloque vraiment : la peur du changement
Je lui ai posé une question directe : le principal obstacle, c'est le financement ou la résistance au changement ? Elle a choisi la résistance au changement. Pour elle, la peur vient d'abord du manque de visibilité. Quand on sait ce qu'on va changer, comment, avec qui et en combien de temps, le premier pas devient plus facile.
Sur le coût, elle ne nie rien, mais elle replace la RSE dans un contexte d'export :
« Le volet durabilité RSE, ce n'est pas un luxe. Là, il est de plus en plus une exigence qui est mondiale. […] Donc oui, ça peut être coûteux, mais on peut perdre beaucoup plus si on ne travaille pas sur ça dès maintenant. »
Elle rappelle que beaucoup d'entreprises tunisiennes sont fournisseurs ou prestataires sur les marchés européens, et qu'elles doivent s'y mettre à niveau. Elle ajoute que les solutions ne sont pas toutes immédiatement coûteuses, et que le projet veut mettre les entreprises en contact avec des acteurs capables de financer la transition.
Rapprocher la recherche et l'entreprise
Constat de départ : « le monde de la recherche il est un petit peu loin du monde de l'entreprise ». Le projet prévoit un ESG Innovation Lab, un espace d'échange sur des cas concrets entre chercheurs, entreprises et porteurs de projets. Un volet de recherche est mené avec le CERES, et des travaux de recherche appliquée doivent être présentés au forum international du projet.
Hackathon 2027 : passer du prototype à l'entreprise
La première édition du hackathon s'est tenue fin janvier 2026. Dans ma question, j'ai rappelé que dix projets avaient été accompagnés. Fatma Attia a précisé qu'il y avait eu un podium de trois équipes, et que cinq équipes avaient finalement été suivies. Pour l'édition 2026, elle explique que l'accompagnement avait atteint la phase du prototype, mais que l'intégration des solutions dans les entreprises n'avait pas vraiment été travaillée.
D'où le changement pour l'édition 2.0, prévue les 30 et 31 janvier 2027 : des entreprises seront invitées à venir présenter leurs problématiques et leurs priorités aux équipes. Selon le programme présenté publiquement, le projet vise 500 jeunes et porteurs de projets au total, avec un objectif de 15 projets accompagnés. Fatma Attia a confirmé ces deux objectifs. Pour ceux qui ne seront pas retenus, elle assure que les portes restent ouvertes, et cite le président de la junior entreprise de l'INAT, ancien participant, aujourd'hui partenaire.
Comment participer
C'est l'information la plus utile de l'interview pour les jeunes : une idée de projet suffit, il n'est pas nécessaire d'avoir une entreprise constituée. Les appels à candidatures officiels doivent être publiés début novembre.
Après avril 2027, la suite ?
Le cycle initial du projet, sept mois, se termine avec un forum international les 20 et 21 avril 2027, où dix travaux de recherche doivent être présentés. Les enseignements de la caravane serviront aussi à rédiger un guide de bonnes pratiques. Je lui ai demandé si les activités s'arrêteraient après ce forum. Elle a parlé d'un « scoop » : un format encore plus grand est en préparation avec les partenaires, et une annonce est prévue lors du forum. Dans l'entretien, elle indique également être à la recherche de bailleurs de fonds pour le projet.
Regarder l'interview
Le highlights de l'interview, en un peu plus de quatre minutes :
Lien direct : https://youtu.be/lSziaCG5gbc
Les citations sont tirées de l'entretien. Elles ont été allégées de quelques hésitations de l'oral, et les coupes sont signalées par […].
L'interview complète, en deux parties, est disponible sur la chaîne YouTube et la page Facebook de RTCI :
Partie 1 : la caravane RSE, les ateliers, les freins à la transition
Partie 2 : l'ESG Innovation Lab, le hackathon et l'avenir du projet
Et vous, dans votre entreprise ou votre région, qu'est-ce qui freine le passage à la RSE ? Le coût, ou la peur de changer ?
Invitée : Maître Fatma Attia, avocate, présidente d'Inspiring Leaders for Africa Network et cheffe du projet SMART Sustainable Infrastructures.
Réalisation vidéo : Sofien Ben Njima, Souleima Aouadi, Ranim Chaibi.
13 octobre 2026, Midi à la carte, RTCI, Karim Benamor.
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