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Le 8 octobre, jour de l'annonce du prix Nobel de littérature, Chakchouka a ouvert les livres. Pendant trois heures sur RTCI, tu as entendu des chansons nées d'un poème, d'un roman ou d'un conte. Pas des chansons qui citent un titre en passant. Des chansons qui viennent vraiment d'un texte.
Une seule exception à la règle, en ouverture : Bob Dylan et « Like a Rolling Stone ». Prix Nobel de littérature en 2016.
Kairouan, Le Caire
Au XIe siècle, Al-Husri Al-Qayrawani, poète aveugle de Kairouan, écrit « Ya layl as-sabb ». Après la destruction de sa ville en 1057, il part vers l'Andalousie et meurt à Tanger en 1095. Son poème traverse les siècles. Des poètes lui répondent sur le même mètre et la même rime : c'est la mouâarada. La réponse la plus célèbre est celle d'Ahmed Chawqi, « Madnak », mise en musique par Mohamed Abdel Wahab. Tu as entendu la question par Fairouz, puis la réponse.
Les poètes français
Trois façons de chanter un poème. Georges Brassens garde le texte de Paul Fort, mais ajoute des répétitions et le fameux « Tous derrière ». Jean Ferrat prélève quelques vers d'un long poème d'Aragon pour en faire « Que serais-je sans toi ». Arthur H chante « Recueillement » de Baudelaire à l'Auto-Tune.
Chebbi
Le 9 octobre 1934, Abou el Kacem Chebbi meurt à Tunis, à 25 ans. Son poème « Le Matin nouveau », qui commence par « Uskuni ya jirah », a été chanté de Tunis au Golfe. Tu l'as entendu par Hamad Al-Shalli. Souad Massi, elle, a mis « Aux tyrans du monde » sur un rythme reggae, sur son album en arabe classique « El Mutakallimûn ».
Les classiques anglais
Natalie Merchant met en musique « Calico Pie », poème absurde d'Edward Lear. Kate Bush écrit « Wuthering Heights » après avoir lu quelques pages du roman d'Emily Brontë, puis le lit en entier et ne change rien à sa chanson. Iron Maiden tire treize minutes de heavy metal du poème de Coleridge, « The Rime of the Ancient Mariner », et en cite deux passages.
Tolkien et la fantasy
En 1967, Leonard Nimoy, le Spock de Star Trek, chante les aventures de Bilbo. En 1992, Blind Guardian raconte Le Hobbit du point de vue du hobbit. America chante « The Last Unicorn », écrite par Jimmy Webb pour l'adaptation animée du roman de Peter S. Beagle.
Darwich, deux voix
Tania Saleh chante Mahmoud Darwich sur l'album « Intersection », produit par Khalil Judran, qui a grandi en Tunisie. Marcel Khalifé, qui a construit une grande partie de son œuvre sur Darwich, chante « Oummi », « Ma mère », dans une version longue et réarrangée.
Edgar Allan Poe
Sarah Jarosz adapte « Annabel Lee », le dernier poème de Poe, au banjo. The Alan Parsons Project condense « Le Corbeau » sur son premier album, entièrement consacré à Poe.
Espagne et Amérique latine
Paco Ibáñez chante Góngora sur son premier album, en 1964, dont la pochette porte une illustration de Salvador Dalí. Camarón de la Isla chante Lorca sur « La leyenda del tiempo », un album si nouveau que, selon son producteur, des acheteurs le rapportaient en magasin. Los Jaivas mettent en musique les « Hauteurs de Macchu Picchu » de Pablo Neruda.
Lectures de jeunesse
Gérard Lenorman résume « Le Petit Prince ». Le premier couplet de « Black Water », des Doobie Brothers, vient des lectures de Mark Twain de Patrick Simmons. Natalie Merchant chante les vingt-huit parfums de glace de Jack Prelutsky, arrangés par Wynton Marsalis.
Poèmes anciens, sons d'aujourd'hui
Sarāb publie « Zidni », un morceau post-punk dont la vidéo officielle crédite le poème à Omar Ibn al-Farid, poète soufi du XIIIe siècle. N3rdistan tire « Ana wa Anti » d'un poème de l'Irakienne Nazik Al-Malaïka, « À ma sœur Soha ».
Le rap lit les classiques
Felhur x Andro rappent « Demain, dès l'aube » de Victor Hugo en entier, en moins d'une minute. MC Lars raconte Moby Dick du point de vue d'Achab. Oxmo Puccino et Ibrahim Maalouf inventent une nouvelle Alice.
Les dystopies
The Bookshop Band s'inspire des « Testaments » de Margaret Atwood. David Bowie voulait faire de « 1984 » une comédie musicale. La veuve d'Orwell a refusé les droits. Une partie du travail a rejoint l'album « Diamond Dogs ».
La littérature américaine
Katy Perry tire « Firework » d'une image de Kerouac dans « Sur la route ». Jamila Woods revient à « Sula » de Toni Morrison. Metallica tire « One » du roman de Dalton Trumbo, « Johnny s'en va-t-en guerre ».
La guerre, deux poètes
Sanseverino répond à Rimbaud avec « Le dormeur du val vivant ». Malgré le titre, sa chanson retrouve la chute du poème. The Unthanks terminent l'émission avec « Everyone Sang », poème de Siegfried Sassoon publié en 1919 : le soulagement à la fin des combats.

36 titres, 2 h 33 de musique, 4 langues chantées. Chakchouka revient chaque jeudi, de 21h à minuit, sur RTCI.

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