Chakchouka Décolonisation : douze chapitres de chansons de lutte, de Bizerte à l'Australie

Tracklist de Chakchouka Décolonisation, RTCI, jeudi 15 octobre 2026

Le 15 octobre 1963, les dernières troupes françaises quittent Bizerte. Soixante-trois ans plus tard, pour la Fête de l'Évacuation, Chakchouka a consacré ses trois heures à la décolonisation, sur RTCI, le jeudi 15 octobre 2026, de 21h à minuit.

La règle de sélection était stricte. Chaque chanson devait parler d'une domination précise, nommée ou identifiable dans son texte : une colonie, un peuple colonisé, le régime d'apartheid, l'ingérence d'une ancienne puissance. Les chansons sur la liberté en général restent hors de la sélection. Résultat : douze chapitres et 32 titres, du chant patriotique tunisien au metal brésilien, en passant par la rumba congolaise, le highlife, le reggae, le punk et le rap.

1. Tunisie, Bizerte

L'émission s'est ouverte avec Bani Watani, d'Oulaya. Son parolier, Abdelmajid Ben Jeddou, a raconté sa naissance dans un documentaire de la Radio nationale. Il travaille dans son bureau de la radio, avenue de la Liberté, à Tunis. Une manifestation pour l'évacuation de la base de Bizerte passe sous sa fenêtre. Oulaya lui demande un texte, tout de suite. Chedly Anouar compose la musique en deux jours.

Le chapitre remonte ensuite vers le Sud tunisien. Mohamed Daghbaji naît en 1885 près d'El Hamma. Il déserte l'armée française et prend les armes contre l'occupation. Il est fusillé le 1er mars 1924 à El Hamma, devant les siens. Le chant populaire Lkhamsa Li Lahgou Bjorra raconte l'une de ses batailles. C'est la version d'Ismaïl Hattab qui a été diffusée.

2. Algérie

Trois chansons, trois langues. Men Jibalina, « De nos montagnes », est un poème de 1931 attribué à Mohamed Laïd Al-Khalifa. Il devient célèbre en 1944 chez les scouts musulmans algériens, puis les autorités coloniales l'interdisent. C'est la reprise enregistrée en 2024 par la chanteuse palestinienne Sima K qui a été diffusée.

Au milieu des années 1950, Slimane Azem chante en kabyle Ffeɣ ay ajrad tamurt-iw, « Criquets, quittez mon pays ». Les criquets, ce sont les colons. Selon ses biographes, la chanson est interdite par les autorités françaises.

Avec 17 octobre, Médine raconte la nuit du 17 octobre 1961 à Paris, à travers un personnage de fiction, Ahmed. Ce soir-là, la police réprime une manifestation d'Algériens appelée par le FLN. Des manifestants sont jetés dans la Seine. Selon les historiens et les périodes qu'ils étudient, les estimations vont de plusieurs dizaines à environ deux cents morts.

3. Apartheid

Le chapitre part de Paris. Dans When the Stars Fall from the Sky (1994), le groupe punk de Belfast Stiff Little Fingers consacre son premier couplet au 17 octobre 1961. Son chanteur, Jake Burns, a découvert le massacre en 1992, l'année du massacre de Boipatong, en Afrique du Sud.

Johnny Clegg et Savuka sortent Asimbonanga en 1986. En zoulou, le titre signifie « Nous ne l'avons pas vu ». Il parle de Nelson Mandela, alors emprisonné, et cite trois militants morts : Steve Biko, Victoria Mxenge et Neil Aggett. Steve Biko meurt le 12 septembre 1977, après avoir été battu en détention par la police de Port Elizabeth. Peter Gabriel lui consacre Biko en 1980.

4. Palestine, 1948 et 1967

Le 5 juin 1948, le poète égyptien Ali Mahmoud Taha publie dans la revue Al-Risala un poème qui appelle à défendre la Palestine. Mohamed Abdel Wahab le chante sous le titre Filastin, près de treize minutes de musique. Après la guerre de juin 1967, Fairouz chante Zahrat al-Mada'en, « la fleur des cités », pour Jérusalem. Les sources divergent sur l'auteur des paroles : Saïd Akl, selon l'Institut du monde arabe, ou les frères Rahbani, selon d'autres sources.

5. Palestine aujourd'hui

En juillet 2024, le rappeur El Far3i, installé à Amman et dont la mère est née à Jénine, publie Izza, « la fierté ». Le refrain répète « Gaza al-Izza ». En 2001, le groupe DAM, formé à Lod, publie Min Irhabi, « Qui est le terroriste ? », téléchargé plus d'un million de fois. Rim Banna rend hommage à Fares Odeh, photographié à 14 ans seul face à un char israélien près du passage de Karni, à Gaza, le 29 octobre 2000. Il est tué par balle près du même passage le 8 novembre 2000.

6. Rhodésie et Angola

En 1979, Bob Marley chante Zimbabwe sur l'album Survival. Le 18 avril 1980, la Rhodésie devient le Zimbabwe indépendant, et Marley joue la chanson aux célébrations. En 1975, année de l'indépendance de l'Angola, David Zé enregistre A Luta Continua, « la lutte continue ». Il est tué le 27 mai 1977, dans les violences qui suivent une tentative de coup d'État à Luanda.

7. Afrique de l'Ouest et centrale

Le 6 mars 1957, la Gold Coast devient le Ghana. E.T. Mensah, le roi du highlife, chante Ghana Freedom. Début 1960, à Bruxelles, pendant les négociations de la Table ronde, le Grand Kallé et l'African Jazz enregistrent Indépendance Cha Cha, qui cite Lumumba, Kasa-Vubu et Tshombe. Au Cameroun, Ruben Um Nyobè est tué par les forces coloniales françaises le 13 septembre 1958. En 2019, Blick Bassy lui consacre l'album 1958, chanté en bassa, avec Ngwa, « l'ami ».

8. La France après les indépendances

Le mot Françafrique désigne les réseaux d'influence que la France a gardés dans ses anciennes colonies africaines. En 2003, Tryo publie Pompafric, une satire qui nomme des entreprises et un président français. Ce sont les accusations des artistes. Un an plus tôt, Tiken Jah Fakoly sort l'album Françafrique, avec la chanson titre Françafrique. De 1966 à 1996, la France mène aussi ses essais nucléaires en Polynésie. En 1982, le groupe néo-zélandais Herbs chante contre eux French Letter, ressortie en 1995 à la reprise des essais à Mururoa.

9. Caraïbes

Dans Capture Land (2014), le Jamaïcain Chronixx nomme Christophe Colomb, Oliver Cromwell et Henry Morgan, et réclame des réparations. Dans Sac de sucre, Casey raconte à la première personne la vie d'une femme déportée d'Afrique vers les champs de canne. Le Trinidadien David Rudder chante Haiti, premier État indépendant né d'une révolution d'esclaves, proclamé en 1804. Il rend hommage à Toussaint Louverture et déplore le manque de solidarité des autres peuples caribéens envers Haïti.

10. Irlande

Trois chansons dans l'ordre de l'histoire. The Fields of Athenry, écrite par Pete St. John dans les années 1970, imagine l'histoire d'un jeune homme déporté à Botany Bay pendant la Grande Famine. C'est la version de Paddy Reilly qui a été diffusée. The Foggy Dew parle du soulèvement de Pâques 1916, ici par les Chieftains et Sinéad O'Connor, en 1995. Come Out Ye Black and Tans, écrite par Dominic Behan au début des années 1960, vise les renforts britanniques de la guerre d'indépendance. Les Wolfe Tones l'enregistrent en 1972.

11. Amériques

En 1532, à Cajamarca, Francisco Pizarro capture l'empereur inca Atahualpa. L'Argentin Víctor Heredia raconte la scène dans Encuentro en Cajamarca, sur l'album Taki Ongoy (1986). Le groupe de metal brésilien Arandu Arakuaa chante en langues autochtones. A-î-Kuab R-asy se traduit par « Je connais la douleur ». Avec Run to the Hills (1982), Iron Maiden raconte la conquête de l'Ouest, du point de vue des Autochtones puis de celui des colons.

12. Australie

En 1987, Midnight Oil défend les droits fonciers des Aborigènes dans Beds Are Burning, qui cite les communautés de Kintore et Yuendumu. L'émission s'est terminée avec Took the Children Away, d'Archie Roach, paru en 1990. Il fait partie des générations volées, ces enfants aborigènes retirés à leurs familles au nom d'une politique d'assimilation. Il est enlevé à deux ans, à Framlingham. Le 13 février 2008, le Premier ministre Kevin Rudd présente les excuses officielles de l'État australien.

Chakchouka, avec Karim Benamor, réalisation Faycal Helali. Chaque jeudi de 21h à minuit, sur RTCI.

Affiche de Chakchouka Décolonisation, RTCI, Fête de l'Évacuation

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