« La mère de toutes les expositions, c'est à Tunis. » Andrea Bellini l'a dit en souriant, dans le studio de RTCI, et il ne plaisantait qu'à moitié. Le directeur du Centre d'Art Contemporain Genève présente à Tunis la première édition de la Biennale de l'Image en Mouvement (BIM) organisée hors de Suisse. Son titre : « Becoming the Ocean ».
Je l'ai reçu le 14 octobre dans La Bonne Fréquence, sur RTCI. Voici les moments forts de cet entretien, réunis dans une vidéo de moins de cinq minutes.
BIM'26 à Tunis : une biennale qui produit au lieu de sélectionner
Andrea Bellini a réinventé la BIM en 2014. Il me l'a raconté sans détour : il en avait marre de son métier. Il voyait partout de grandes biennales construites autour d'un grand thème choisi par le curateur, et des artistes priés de l'illustrer. « Je trouvais ça un petit peu vieux comme approche », m'a-t-il dit.
Son choix : une exposition plus petite, 15 à 25 artistes, et des œuvres inédites produites pour l'occasion. Les artistes reçoivent une carte blanche, sans thème imposé, pour travailler sur ce qu'ils sentent urgent.
À Tunis, BIM'26 réunit 16 œuvres inédites, commandées et coproduites par le Centre d'Art Contemporain Genève et la Fondation Kamel Lazaar. Andrea Bellini en assure le commissariat avec Lina Lazaar.
Une fondation, pas un mausolée
J'ai voulu savoir ce que représente ce partenariat avec une fondation privée tunisienne. Sa réponse vise une partie de son propre milieu. Beaucoup de collectionneurs fortunés créent des musées privés qu'il appelle des « mausolées », des célébrations de leur ego.
Pour lui, la démarche de Kamel Lazaar et Lina Lazaar est différente : produire de la culture, parce que « la culture, c'est un facteur de transformation sociale ».
Becoming the Ocean : un titre contre les murs
Le titre de l'exposition est une réponse à l'époque. « Tout le monde parle des barrières, tout le monde parle de construire des murs. Et nous, on fait le discours à l'opposé », m'a expliqué Andrea Bellini.
Pour lui, l'histoire de la culture est une histoire de rencontres. Becoming the Ocean, c'est l'histoire d'un fleuve qui entre dans la mer, et de ce mélange. Le titre s'inspire d'un texte attribué à Khalil Gibran.
Ce choix se lit aussi dans la sélection. Les commissaires ont invité des artistes de la « Global Majority » et ont fait le choix d'une majorité de femmes : 13 artistes sur 16. Andrea Bellini l'assume : selon lui, il est temps de faire un pas en arrière et de laisser les femmes gérer les choses. À l'antenne, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Aragon.
L'art n'est pas un documentaire
Les œuvres de Becoming the Ocean parlent de guerre, d'exil, de frontières. Je lui ai demandé si l'art devait prendre parti. Sa réponse est nette : « On ne prétend pas être la BBC. D'ailleurs, la BBC fait des documentaires beaucoup mieux que les artistes. »
Il se méfie de l'art « soi-disant politique », celui de l'engagement direct. Il croit à une contribution plus complexe, à un niveau poétique. C'est ensuite au public de voir comment chaque œuvre parvient à communiquer et à donner une émotion.
Pourquoi Tunis accueille la vraie exposition
Après Tunis, Becoming the Ocean partira à Venise, Genève et Bruxelles. Mais chaque étape aura un format différent. C'est à Tunis que toutes les œuvres seront installées, et que les artistes viendront faire l'installation eux-mêmes. D'où la formule d'Andrea Bellini : « La mère de toutes les expositions, c'est à Tunis. »
L'exposition se tient à la Caserne El Attarine, dans la médina de Tunis. Andrea Bellini parle d'un « effort incroyable » pour renouveler ce lieu, qui n'était pas en bonnes conditions.
Le courage de l'optimisme
La fin de l'entretien m'a marqué. Andrea Bellini ne nie ni la guerre ni la souffrance. Il demande au contraire de ne jamais oublier ceux qui souffrent, surtout quand on vit dans une situation de privilège.
« Si on a perdu notre humanité, on a perdu la culture, ça ne sert à rien de faire des expos. »
D'où son choix : avoir le courage de l'optimisme.
Infos pratiques : Becoming the Ocean, BIM'26
- Dates : du 24 octobre au 22 novembre 2026, ouverture le samedi 24 octobre à 14h
- Lieu : Caserne El Attarine, médina de Tunis
- Cadre : 8e édition de Jaou Tunis, la biennale de la Fondation Kamel Lazaar
- Rencontres Becoming the Ocean : 26 et 27 octobre 2026, théâtre Le 4ème Art, Tunis, tables rondes avec les artistes et les commissaires
L'interview complète en deux parties
- Partie 1 : la réinvention de la BIM, la coproduction avec la Fondation Kamel Lazaar, le titre Becoming the Ocean, l'optimisme face à la guerre et à l'exil, la majorité d'artistes femmes. https://youtu.be/COV7aJuhpII
- Partie 2 : Paulo Nazareth, Younès Ben Slimane, l'art contemporain et l'image en mouvement, art et engagement politique, la tournée à Venise, Genève et Bruxelles. https://youtu.be/5WZUgfxwz4s
Invité : Andrea Bellini, directeur du Centre d'Art Contemporain Genève, co-commissaire de Becoming the Ocean. Réalisation vidéo : Sofien Ben Nejima. Interview du 14 octobre 2026, La Bonne Fréquence, RTCI, Karim Benamor.
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