Soraya Toukabri sur La Bonne Fréquence : le malouf tunisien revisité en jazz

Soraya Toukabri, chanteuse, auteure et compositrice franco-tunisienne installée à Paris, était l'invitée de Karim Benamor sur La Bonne Fréquence, samedi 19 septembre 2026, sur RTCI. Jazz, poésie arabe et héritages nord-africains se croisent dans son travail, entre reprises réarrangées et compositions originales, en arabe, en français et en anglais. 


Chouchana, le malouf tunisien réarrangé en jazz

Le single « Chouchana », sorti en 2024 avec le pianiste malvoyant Yakir Arbib, part d'une chorale d'enfants entendue dans la médina. « Il se baladait dans la médina et il a entendu des enfants (...) qui chantaient cette chanson », raconte Soraya Toukabri. Ensemble, ils réarrangent un extrait du chant dans un esprit jazz, en conservant son thème principal.

Trois langues pour une seule émotion

Sur « Maana al Hob », sorti la même année, elle adapte en arabe le standard « You Don't Know What Love Is ». « Je me suis mise à essayer d'écrire, à faire plutôt une sorte d'adaptation (...) en essayant de mettre des mots qui sont miens. » Le choix de la langue, dit-elle, tient avant tout au ressenti : « C'est surtout une question de feeling. (...) Ce qui m'intéresse vraiment dans la musique que je fais, c'est de passer l'émotion aux gens. » À Paris comme à Londres, une grande partie de son public ne comprend pas l'arabe. « Ils savent pas ce que je suis en train de dire, mais n'empêche, ils sont très réactifs, ils sont là, ils écoutent. »

Elle cite Oum Kalthoum pour la richesse mélodique de son répertoire, et Fairouz pour son ouverture au jazz et la poésie de ses chansons.

Première partie de l'interview :

Cette ouverture à d'autres styles se retrouve sur « Ouyounak » : elle collabore avec le DJ mexicain Lemurian et un second DJ, un ami parisien. Elle raconte avoir écrit le texte et improvisé la mélodie pendant la séance, à l'écoute du morceau.

Des jams parisiennes aux scènes de Londres

À partir de 2012 environ, Soraya Toukabri fréquente les jam sessions parisiennes. « La plus grande leçon que j'ai eue de cette expérience sur les jam sessions, c'est apprendre à gérer quand il y a quelque chose qui va mal. » Elle en retient surtout l'esprit : « (...) qu'on est là pour s'amuser, qu'on est là pour partager. »

Sur scène, elle conçoit chaque concert comme un récit. « C'est une histoire que je raconte. » Elle explique dialoguer avec le public, parce que les chansons qu'elle interprète racontent des expériences vécues, et qu'elle ne veut pas se contenter de chanter.

Le 8 août 2026, elle se produit à Londres, à Fulham Pier, dans le cadre de la série Global Sounds, avec le Soraya Toukabri Quartet. Son pianiste Omar El Ouaer y donne une masterclass sur les influences de la musique tunisienne et sa manière d'arranger des chansons tunisiennes dans un registre jazz.

Un album en préparation

Avant « Follow your bliss », sorti en 2025, Soraya Toukabri traverse deux années difficiles, marquées par un épisode de maladie qu'elle ne nomme pas. Elle avait écrit cette chanson avant la maladie. Cette période l'a contrainte à mettre en pause ses projets musicaux. À son retour, malgré une direction différente de ses titres précédents, elle décide de la sortir. « Moi je crois profondément que la musique, tant qu'elle vient du cœur, c'est le plus important. »

Soraya Toukabri prépare actuellement un album, avec une sortie espérée en 2027. Elle vient d'entamer une résidence artistique avec Omar El Ouaer et Hedi Fahem. Elle imagine cet album dans une esthétique jazz hybride, avec une dimension fusion et une composante orientale, sans en dire davantage pour l'instant. « Pour moi, ça demande un grand travail d'introspection. (...) Pour arriver à exposer quelque chose à l'extérieur dans une chanson, il faut que moi je sois capable de l'assumer moi-même. »

Elle a également renoué en 2026 avec la peinture, une passion d'enfance abandonnée vers 15 ans. Évoquant son tableau « Alter Ego », elle décrit une autre liberté d'expression, qui passe par les images plutôt que par les mots.

Deuxième partie de l'interview :

Karim Benamor. La Bonne Fréquence, RTCI.

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