La basse a changé la chanson : Chakchouka, 35 ans après Blood Sugar Sex Magik et The Low End Theory

La basse a changé la chanson : Chakchouka, 35 ans après Blood Sugar Sex Magik et The Low End Theory

Le 24 septembre 1991, deux albums sortent le même jour aux États-Unis. Blood Sugar Sex Magik, des Red Hot Chili Peppers. The Low End Theory, d'A Tribe Called Quest. Un disque de rock, un disque de rap. Tous les deux construits autour de la basse.

Trente-cinq ans plus tard, jour pour jour, Chakchouka a consacré trois heures à cet instrument sur RTCI. Pas une histoire complète de la basse. Treize moments où un bassiste a imposé un geste, un son ou une nouvelle place pour la basse. Chaque fois, ce geste a quitté son genre d'origine pour s'installer ailleurs.

Voici ce que tu as entendu jeudi soir, chapitre par chapitre. La tracklist complète est en bas de l'article.

Affiche de Chakchouka sur RTCI, épisode La basse a changé la chanson, jeudi 24 septembre 2026

1. James Jamerson et Carol Kaye : la basse électrique entre dans les studios

À la fin des années 1950, James Jamerson joue de la contrebasse dans les clubs de jazz de Detroit. Motown l'engage en 1959. Au début des années 1960, il passe à la basse électrique, une Fender Precision. Il garde ses réflexes de contrebassiste : un seul doigt, l'index droit, et des cordes épaisses qu'il ne change presque jamais. Il ajoute des syncopes, des passages chromatiques, des notes fantômes. Paul McCartney l'a désigné comme son héros.

À Los Angeles, Carol Kaye est guitariste de studio. En 1963, un bassiste ne se présente pas à une séance. On lui tend une basse et elle ne la lâche plus. Elle joue au médiator. Elle a participé aux séances de Good Vibrations pour Brian Wilson. Sa présence sur la version finale reste débattue.

Au programme : My Girl des Temptations, What's Going On de Marvin Gaye et Good Vibrations des Beach Boys.

2. Paul McCartney et John Paul Jones : la basse devient une mélodie

McCartney hérite de la basse en 1961, à Hambourg, quand Stuart Sutcliffe quitte les Beatles. Il en fait une deuxième ligne mélodique, en dialogue avec la voix. Sur Abbey Road, en 1969, deux usages opposés se suivent. Dans Something, la basse circule entre les phrases du chant. Dans Come Together, une figure courte porte tout le morceau.

Avant de rejoindre Jimmy Page en 1968, John Paul Jones est l'un des bassistes de séance et des arrangeurs les plus demandés de Londres. Il signe l'arrangement de cordes de She's a Rainbow pour les Rolling Stones. Dans Ramble On, en 1969, sa basse se déplace librement sous la guitare acoustique. Flea l'a citée parmi ses trois lignes de basse préférées.

3. Larry Graham et Bootsy Collins : le pouce remplace la batterie

Au début des années 1960, en Californie, Larry Graham joue dans le groupe de sa mère. Il tient les basses au pédalier d'un orgue. L'orgue tombe en panne, il loue une basse. Puis sa mère décide de se passer de batteur. Larry frappe les cordes graves avec le pouce, pour la grosse caisse, et tire les cordes aiguës avec les doigts, pour la caisse claire. Lui appelle ça thumpin' and pluckin'. Tout le monde dira le slap. Il devient ensuite l'un des membres fondateurs de Sly and the Family Stone.

Bootsy Collins a 18 ans quand James Brown engage son groupe, en 1970. Il rejoint ensuite Parliament-Funkadelic et adopte la Mu-Tron III, une pédale de filtre qui devient sa signature.

Au programme : Thank You Falettinme Be Mice Elf Agin de Sly and the Family Stone, Hair de Graham Central Station et I'd Rather Be With You du Bootsy's Rubber Band.

4. Jaco Pastorius et Marcus Miller : deux voix de la basse

Selon son propre récit, Jaco Pastorius voulait le son de la contrebasse, mais l'humidité de la Floride a fait éclater la sienne. Il retire alors les frettes de sa basse électrique et recouvre la touche d'époxy. Sa basse passe d'une note à l'autre sans palier. Il rejoint Weather Report en 1976. Birdland, en 1977, fait entendre ses harmoniques. Portrait of Tracy, sur son premier album, est joué seul, en s'appuyant sur ces harmoniques.

En 1986, Miles Davis confie son nouvel album à Marcus Miller, qui en écrit la plupart des morceaux et le produit. Tutu, en hommage à l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, sort le 29 septembre 1986.

5. Sting, Mark King et Geddy Lee : le bassiste prend le micro

Sting a raconté le choc de sa découverte de Jaco Pastorius. Lors du premier voyage de The Police aux États-Unis, il achète une basse sans frettes à New York et la joue le soir même au CBGB. Pour lui, chanter en jouant revient à tenir deux lignes qui avancent souvent à contretemps. Walking on the Moon, en 1979, laisse beaucoup de place entre les notes.

Mark King était batteur. Quand Level 42 se forme, il prend la basse. Dans le magasin de guitares londonien où il travaille, il copie Stanley Clarke et observe les musiciens américains de passage. Lessons in Love atteint la troisième place au Royaume-Uni en 1986.

Geddy Lee raconte que son groupe l'a désigné bassiste par un vote. Avec Rush, il chante, joue de la basse, des claviers et d'un pédalier de synthétiseur. Tom Sawyer est sorti en 1981.

6. Paul Simonon et Peter Hook : la basse porte la mélodie

Paul Simonon ne sait pas jouer quand The Clash se forme en 1976. Mick Jones lui apprend les parties une par une. En 1979, il écrit sa première chanson, The Guns of Brixton, et Joe Strummer lui demande de la chanter lui-même. En 1990, Norman Cook reprend cette ligne de basse pour Dub Be Good to Me, numéro un au Royaume-Uni.

Peter Hook achète sa première basse au lendemain d'un concert des Sex Pistols, en 1976. Son premier ampli est si mauvais que les notes graves deviennent inaudibles. Il joue donc dans les aigus. Love Will Tear Us Apart, de Joy Division, en garde la trace. Dans Blue Monday de New Order, en 1983, le motif grave vient d'un synthétiseur, et Hook joue la mélodie aiguë sur une basse à six cordes.

7. Chic : la ligne de basse qui a tout déclenché

Le 31 décembre 1977, Nile Rodgers et Bernard Edwards sont refoulés à l'entrée du Studio 54. Ils rentrent chez Rodgers et improvisent. Le refrain reprend l'insulte du portier, transformée en Freak Out pour la radio. Le Freak atteint trois fois la première place du classement américain.

En 1979, Good Times devient numéro un aux États-Unis. La basse de Bernard Edwards tourne en boucle sur une harmonie simple. Dans les fêtes de quartier new-yorkaises, les DJ prolongent la partie instrumentale en passant deux exemplaires du disque. En 1980, Edwards et Rodgers écrivent et produisent l'album Diana de Diana Ross, avec les musiciens de Chic. Upside Down reste quatre semaines numéro un aux États-Unis. Diana Ross fait retravailler le mixage par l'ingénieur du son Russ Terrana, pour mettre sa voix davantage en avant.

8. Queen : l'héritage de Good Times

En 1980, John Deacon arrive en répétition avec un riff. Michael Jackson pousse Queen à le sortir en single. Another One Bites the Dust devient numéro un aux États-Unis. Bernard Edwards a expliqué au New Musical Express que le bassiste de Queen avait passé du temps avec Chic dans leur studio. Ce qui le choquait, c'est qu'une partie de la presse accuse Chic d'avoir copié Queen.

En 1981, Under Pressure naît d'une séance avec David Bowie. Selon Roger Taylor, Deacon trouve le riff, l'oublie pendant une pause, et c'est Taylor qui s'en souvient. Deacon, lui, a attribué ce riff à Bowie. En 1990, Vanilla Ice le reprend dans Ice Ice Baby sans le déclarer. Un accord à l'amiable donne un crédit d'auteurs à Queen et à Bowie. Ice Ice Baby devient le premier single rap numéro un du classement américain.

9. A Tribe Called Quest : la contrebasse du jazz dans le rap

La basse de Good Times est aussi celle de Rapper's Delight, du Sugarhill Gang, en 1979. Elle n'est pas samplée : un bassiste de séance, Chip Shearin, la rejoue en studio. Rodgers et Edwards obtiennent un crédit d'auteurs. Rapper's Delight devient le premier titre rap à entrer dans le top 40 américain.

Le 24 septembre 1991, A Tribe Called Quest sort The Low End Theory. Le titre désigne les fréquences graves. Le groupe invite Ron Carter, contrebassiste de Miles Davis dans les années 1960, sur un titre de l'album. Excursions reprend la contrebasse d'un morceau d'Art Blakey et des Jazz Messengers, A Chant for Bu. Buggin' Out et Check the Rhime complétaient ce chapitre.

10. John Entwistle : un des premiers solos de basse du rock

En 1965, pour My Generation, John Entwistle prépare un solo de basse. Sa Danelectro casse ses cordes, qui ne se vendent pas séparément. Il finit par acheter trois Danelectro au total, faute de cordes de rechange. Il enregistre finalement une version simplifiée du solo sur une Fender Jazz. Surnommé The Ox, il frappe les cordes avec les quatre doigts de la main droite. The Real Me, sur Quadrophenia en 1973, le montre en pleine puissance.

11. Cliff Burton et Steve Harris : la basse au cœur du metal

En 1982, James Hetfield et Lars Ulrich cherchent le guitariste d'un solo entendu au Whisky a Go Go. Il n'y en a pas. C'est le bassiste de Trauma, Cliff Burton, avec une pédale wah-wah et de la distorsion. Metallica s'installe dans la région de San Francisco pour lui. Son solo devient (Anesthesia) Pulling Teeth, et l'introduction de For Whom the Bell Tolls est jouée à la basse. Cliff Burton meurt le 27 septembre 1986, à 24 ans.

Steve Harris fonde Iron Maiden en 1975. Sa signature est le galop, une croche suivie de deux doubles croches. Run to the Hills, en 1982, est le premier single avec Bruce Dickinson au chant.

12. Flea : les 35 ans de Blood Sugar Sex Magik

Les Red Hot Chili Peppers enregistrent l'album en mai et juin 1991 avec Rick Rubin, dans une vieille maison de Laurel Canyon. Trois des quatre musiciens y vivent pendant les séances. Chad Smith préfère rentrer dormir chez lui.

Enfant, Flea voulait être trompettiste de jazz. Dans le documentaire consacré à Jaco Pastorius, il explique que Jaco a changé les règles de ce qui est possible à la basse. Il reprend aussi le slap de Larry Graham et le fait entrer dans le rock. Sur Blood Sugar, pourtant, il change de méthode. En 1992, il explique au magazine Bass Player qu'il jouait auparavant beaucoup trop de notes et qu'il cherche désormais la simplicité. Il écrit chez lui, sur un magnétophone quatre pistes, les riffs de base de plusieurs titres, dont If You Have to Ask. Give It Away naît d'une improvisation avec John Frusciante et devient leur premier numéro un au classement rock alternatif américain. Dans Mellowship Slinky in B Major, Frusciante joue son solo sur une guitare sans frettes.

13. Thundercat : tout se croise

Adolescent, Thundercat part en tournée avec Stanley Clarke. Il rejoint ensuite Suicidal Tendencies. Il joue une basse à six cordes et cite Jaco Pastorius, Ron Carter et Parliament-Funkadelic parmi ses influences. En 2016, il remporte un Grammy pour These Walls, avec Kendrick Lamar. La même année, il joue une deuxième basse sur scène avec les Red Hot Chili Peppers.

Dans Them Changes, la batterie vient d'un morceau des Isley Brothers de 1977, Footsteps in the Dark. Thundercat fait passer sa basse dans des pédales d'effet qui la rapprochent d'un synthétiseur Moog. Friend Zone, extrait du même album, Drunk, a refermé la soirée.

La tracklist complète

13 chapitres, 37 titres, 2 h 35 de musique, de My Girl en 1964 à Friend Zone en 2017.

Tracklist de Chakchouka sur RTCI, La basse a changé la chanson, 24 septembre 2026

Chakchouka revient chaque jeudi, de 21h à minuit, sur RTCI. Un thème, plusieurs genres, trois heures.

Commentaires