JATHB, la hadhra change de son, pas de texte

Samedi 26 septembre 2026, Mohamed Barsaoui était l'invité de La Bonne Fréquence sur RTCI. Avec Mariem Hamrouni, il forme JATHB, un duo tunisien créé en 2021 qui associe les chants de la hadhra et du répertoire soufi tunisien à la production électronique. Le duo sort bientôt le volume 2 de Willia et le présente en showcase aux Journées musicales de Carthage, le dimanche 4 octobre à 15 h.

Pendant l'entretien, Mohamed Barsaoui a expliqué la méthode du duo, son passage aux machines et ce qu'un concert de rue à Siliana a changé dans sa façon de voir le public tunisien.

Une seule règle : ne pas toucher aux textes

JATHB réarrange des chants sacrés. Le duo s'est fixé une limite claire.

« La seule limite qu'on s'est mis, c'est de ne pas changer les textes. »

Mohamed Barsaoui justifie ce choix par la valeur de ces chants. Pour lui, « les textes portent en eux une mémoire orale très importante ». Il les relie aux racines des Tunisiens et à la lutte pour l'indépendance. Le travail du duo porte donc sur le son et le rythme. Selon lui, certaines versions vont si vite qu'on n'a pas le temps de saisir les paroles. JATHB les rend plus audibles.

Le titre Nemdah laktab, diffusé pendant l'émission, illustre cette démarche. Mohamed Barsaoui explique que « laktab » désigne, comme « willia », les saints. Le morceau fait partie du volume 2 et sera le troisième dans l'ordre de sortie.

De l'ordinateur aux machines

Lors de son premier passage aux JMC en 2023, JATHB jouait encore avec un ordinateur qui lançait les séquences de batterie. Tout a changé pendant la résidence Elyssa.

« on a changé toute notre setting du numérique vers l'analogique. »

Sur scène, les rôles sont répartis. Mariem Hamrouni joue les instruments organiques, dont le bendir. Mohamed Barsaoui tient la partie électronique : synthés, sampleur, pédales et réverbes. Il fait aussi passer son didgeridoo dans des circuits de synthèse. Il précise avoir appris cet instrument auprès d'un enseignant mexicain, dans un style qu'il décrit comme plus profond et plus relâché que le jeu australien, qui imite davantage les sons d'animaux.

Une musique construite au ressenti

Ni Mohamed Barsaoui ni Mariem Hamrouni n'ont reçu de formation musicale académique. Le duo ne suit aucune règle d'écriture.

« la musique qu'on conçoit, c'est une musique qui est conçue sur des ressentis. »

Un morceau peut partir d'une simple sonorité ou d'un arpège de synthétiseur. Le duo improvise, garde une trace des meilleurs moments, trie, puis passe en studio. Mohamed Barsaoui le résume ainsi : « Nous, on crée notre musique en la jamant, en la jouant. »

Le titre Khammer yel khammar montre le prix de cette exigence. Le morceau a mis trois ans à aboutir. Le break était si puissant que le retour du couplet faisait chuter l'énergie. La solution : enchaîner deux couplets, puis deux breaks.

Écouter avant de transformer

Pour préparer Willia, le duo a fait le tour des mausolées et rencontré des détenteurs de ce savoir. Mohamed Barsaoui a assisté à des rituels aïssaouis. Il en a retenu une découverte.

« je savais pas que la hadhra originale des bandes en noir et blanc, elle était dans ce flot là, elle n'était pas dans un flot dansant comme celui qu'on connaît. »

Pour lui, la transe naît d'un ensemble : le bendir, le chant, les rythmes, le groove et l'intention.

Siliana, le concert qui a tout changé

Pendant un temps, JATHB s'est surtout tourné vers les scènes internationales. Mohamed Barsaoui reconnaît que le duo craignait la confrontation avec le public tunisien. Le concert de Siliana a renversé cette crainte. C'était le premier concert du duo dans la rue.

« C'était la première fois qu'on affrontait un public vierge. »

Dans la rue, des enfants jouaient au ballon. Quand la musique a commencé, le silence s'est installé.

« ils étaient tous bouche bée, les yeux grands ouverts à me regarder, et j'ai pas entendu un seul, un seul bruit pendant tout le concert. »

Depuis, le duo veut jouer davantage dans les régions intérieures. Mohamed Barsaoui se dit aussi heureux de voir surtout des jeunes à ses concerts.

Willia Rebirth : un volume 2 terminé

Willia Vol. 1 est sorti en mars 2024 avec six titres. Les autres morceaux joués sur scène à l'époque ont été gardés pour la suite. Selon Mohamed Barsaoui, le volume 2 est terminé. Le duo prévoit de diffuser les titres à partir d'octobre, avec l'objectif d'un nouveau morceau chaque mois.

Le mot Rebirth figurait déjà dans son travail. C'était un titre de la bande originale Éna, composée pour un spectacle pluridisciplinaire. Cette fois, il désigne la transformation du duo pendant plus d'un an de travail, soutenu par le projet Elyssa.

JATHB a présenté Ancestral Call à Alexandrie en décembre 2025, en co-plateau avec Will Nasser. Aux JMC, le duo jouera seul. Mohamed Barsaoui explique qu'il a préféré finir le volume 2 en duo, pour garder l'identité construite à deux. La suite est annoncée : un double album réunissant les deux volumes d'ici fin 2027, puis un spectacle pluridisciplinaire avec chorégraphes, mapping visuel et narrateur.

Le stambeli, prochain chantier

Le duo prépare déjà un troisième album autour du stambeli. Le déclic est venu d'une expérience gnaoua au Maroc. De retour à Tunis, JATHB a installé son studio dans la médina et y apprend les grooves et la fabrication des instruments. Cette fois, le rapport aux textes change.

« cette fois-ci, la sacralité des textes n'est pas la même, donc on va se permettre de poser nos propres textes, mais on gardera certainement les grooves. »

Artiste indépendant en Tunisie

Mohamed Barsaoui vise à la fois les festivals étrangers et le public tunisien. Il explique pourquoi l'étranger compte autant : « en tant qu'artiste indépendant en Tunisie, nous ne bénéficions d'aucun support réel concret ». Le duo cherche un label à l'étranger pour ne plus financer seul ses albums. En Tunisie, il place ses espoirs dans la nouvelle loi sur le statut d'artiste.

Interrogé sur l'intelligence artificielle, Mohamed Barsaoui dit l'avoir testée pendant un mois. Son verdict est sévère. Selon lui, la musique générée perd en profondeur et « ça ne contient pas d'âme ». Il ajoute : « Il y a aussi les imperfections humaines, tu sais, qui font tout. »

JATHB aux JMC 2026 : infos pratiques

  • Showcase : Willia Rebirth, volume 2, Ancestral Call
  • Date : dimanche 4 octobre 2026, 15 h
  • Lieu : Théâtre des jeunes créateurs, Cité de la culture, Tunis
  • Durée : 40 minutes
  • Billets : à partir de 15 dinars, sur Teskerti et aux guichets de la Cité de la culture à partir du 3 octobre
  • Journées musicales de Carthage, 11e édition, du 3 au 10 octobre 2026 : jmc.tn

La setlist est encore en préparation. Tu peux déjà écouter Willia Vol. 1 sur Bandcamp.

Karim Benamor. La Bonne Fréquence, RTCI.

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