CIS Summit : Thouraya Sboui dit n'avoir trouvé aucun chiffre sur l'adoption du cloud en Tunisie

Ce mardi, dans Bleu Azur sur RTCI, j'ai reçu Thouraya Sboui, docteure en informatique, architecte cloud et cybersécurité, consultante internationale et fondatrice du CIS Summit, le Cloud and Infrastructure Summit. Vendredi 4 septembre, Tunis accueille la première édition de cet événement consacré au cloud, aux infrastructures critiques et à la souveraineté numérique en Afrique du Nord.

Ce qui m'a frappé dans cet échange, c'est le point de départ qu'elle a choisi. Pas un chiffre choc, pas une promesse ambitieuse. Un constat d'absence.



Des chiffres sur l'adoption du cloud difficiles à trouver

Pour situer l'adoption du cloud en Tunisie, Thouraya Sboui dit avoir cherché des données sur la part des entreprises qui utilisent ces services. Elle n'a pas trouvé de chiffres lui permettant de l'établir.

« J'ai fait une petite recherche pour voir les pourcentages d'adoption du cloud en Tunisie, et malheureusement, je n'ai pas trouvé de chiffres. »

Ce manque de visibilité pose une première question qui traverse l'entretien et le programme du CIS Summit, où en est réellement l'adoption du cloud en Tunisie ?

Le cloud, un levier économique

Pour elle, l'un des freins se situe du côté de la décision. Elle présente le cloud comme un levier économique, en mettant en avant le retour sur investissement, la prospérité de l'entreprise et son chiffre d'affaires.

« Le cloud aujourd'hui apporte beaucoup à une entreprise, tunisienne ou non (...) en termes de retour sur investissement, sur sa prospérité, son chiffre d'affaires. »

Elle insiste sur un point, la décision d'adopter le cloud revient notamment aux dirigeants et aux directeurs des systèmes d'information. Elle lie cette migration à une prise de conscience et à une volonté claire de faire progresser l'activité de l'entreprise.

La dépendance technologique, un risque pour la souveraineté

Le sommet met la souveraineté numérique au centre du programme. Thouraya Sboui la définit d'abord comme une gestion du risque.

« Si on dépend fortement des technologies étrangères, on ne sait pas, par exemple, à quel moment cette technologie externe va appliquer ces lois. »

Elle est directe sur ce point, une indépendance totale n'est pas réaliste. Mais elle appelle les entreprises tunisiennes à conserver une alternative si des règles ou des contraintes extérieures viennent s'appliquer aux technologies dont elles dépendent.

L'open source, une alternative déjà testée ailleurs

Pour illustrer une voie possible, elle cite l'exemple de l'administration française et son recours à des systèmes open source comme alternative à des solutions propriétaires.

« La France a pris ça comme alternative (...) elle s'est orientée vers des systèmes d'exploitation open source. »

L'exemple lui sert à montrer que, selon elle, la souveraineté numérique peut aussi passer par des choix d'infrastructure concrets.

Pas d'intelligence artificielle sans infrastructure

Le programme du 4 septembre traite l'IA comme un sujet second, derrière le cloud et les infrastructures. Je lui ai demandé comment elle comptait éviter que la journée ne bascule entièrement sur l'IA, tant le sujet attire l'attention des décideurs en ce moment.

« Je ne peux pas m'empêcher de parler de l'IA, parce que l'IA, c'est l'infrastructure. L'IA, c'est le cloud. »

Sa réponse recentre le débat plutôt que de l'éviter. Pour elle, l'intelligence artificielle consomme de l'infrastructure avant de produire des services, on ne peut pas parler de l'une sans parler de l'autre.

Beaucoup de données, mais sont-elles exploitées ?

Le sujet des données revient une seconde fois dans l'interview, sous un angle différent. Il ne s'agit plus de savoir combien d'entreprises utilisent le cloud, mais ce qu'elles font des données qu'elles possèdent déjà.

« Aujourd'hui en Tunisie, il y a beaucoup de données. Mais est-ce que ces données sont bien exploitées ? Est-ce qu'elles sont sécurisées ? Est-ce qu'elles sont transformées pour donner des informations utiles ? »

C'est l'un des arguments centraux qu'elle développe, disposer de données ne suffit pas, encore faut-il les sécuriser, les exploiter et les transformer en informations utiles. Ce travail peut nécessiter des budgets, des infrastructures et des équipes en interne, d'où l'intérêt qu'elle voit dans des services cloud déjà prêts à l'emploi.

Infrastructures, santé, finance, trois volets sous la loupe

Le programme s'articule autour de trois grands volets, data centers, cloud et infrastructures numériques, santé, puis banque et assurance. Le panel santé aborde notamment la protection des données patients et la cybersécurité hospitalière. Il est suivi de sessions d'experts avec l'ANCS, l'Agence Nationale de la Cybersécurité, et le Centre Informatique du Ministère de la Santé, le CIMS.

J'ai moi-même évoqué en direct l'exemple d'un centre de santé de base dans le sud tunisien, qui transmet des examens à un ophtalmologue basé à Mahdia par un simple outil de messagerie. Une pratique qui pose immédiatement les questions de la sécurité des échanges, de la protection des données patients et du respect du cadre applicable à la télémédecine. Le panel banque et assurance abordera lui les infrastructures hybrides, où certaines données sensibles restent volontairement hors du cloud.

Ce qu'elle attend de la première édition

Pour cette première édition, Thouraya Sboui dit qu'elle regardera notamment le retour des participants, et surtout celui des partenaires, entreprises privées comme institutions publiques.

Notre entretien se referme sur une idée qui résume bien sa position.

« On ne reste pas juste (...) à consommer du cloud, à consommer des technologies étrangères sans avoir notre cloud à nous. Il faut définir notre cloud, nos normes. »

Rendez-vous vendredi 4 septembre à Tunis pour la première édition du CIS Summit.


L'interview complète est à écouter en réécoute sur RTCI.

Partie 1

Partie 2

Retrouvez aussi le résumé en carrousel sur les pages Facebook et Instagram de RTCI.


Commentaires