India-Tunisia Joint Business Forum : l'interview d'Aslan Berjeb (CONECT) sur Bleu Azur, RTCI

India-Tunisia Joint Business Forum : ce que change vraiment ce rendez-vous, selon Aslan Berjeb (CONECT)

J'ai reçu Aslan Berjeb, président de la CONECT, dans Bleu Azur sur RTCI, à la veille de l'India-Tunisia Joint Business Forum, organisé jeudi 20 août à Tunis par la CONECT et la Confederation of Indian Industry, en présence de l'ambassade de l'Inde. L'occasion de comprendre ce que ce forum peut réellement produire pour les entreprises tunisiennes, au-delà du protocole habituel de ce genre d'événement.

Pourquoi l'Inde, pourquoi la Tunisie, pourquoi maintenant

Aslan Berjeb replace d'abord le forum dans une logique plus large. L'Inde cherche à approfondir ses partenariats économiques avec l'Afrique, et la Tunisie s'inscrit dans ce mouvement à un moment qu'il juge favorable. Les échanges bilatéraux entre les deux pays ont dépassé les 521 millions de dollars sur l'année 2024-25, selon les chiffres qu'il cite. Les deux gouvernements se sont fixé un objectif commun, atteindre le milliard de dollars d'échanges.

« L'Inde n'est pas un marché de plus d'un milliard d'habitants, c'est une puissance industrielle, technologique et numérique qui cherche à approfondir ses partenariats avec l'Afrique. »

Pour y parvenir, il insiste sur un changement de modèle. Les échanges tuniso-indiens restent aujourd'hui concentrés sur le phosphate, la chimie et les engrais. L'ambition affichée est d'aller vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée, service, technologie, agroalimentaire, industrie pharmaceutique.

Le rôle des institutions publiques, entre appui et protocole

Je lui ai demandé si la présence à la tribune de responsables comme Jalel Tebib, directeur général de la FIPA, ou Mourad Ben Hassine, à la tête du Cepex, relevait d'un rôle concret ou d'un simple exercice protocolaire. Sa réponse est nette, le secteur privé porte l'initiative, mais il ne peut pas agir seul.

« Avant même le forum, nous allons rendre visite au ministre de l'Économie et de la Planification, puis au ministre de l'Agriculture. »

Cette visite protocolaire, selon lui, n'a rien de symbolique. Elle traduit une conviction que la CONECT défend depuis plusieurs partenariats similaires, avec l'Union européenne ou avec Confimprese Italia, le privé crée les projets, mais l'accompagnement institutionnel donne le cadre dans lequel ces projets peuvent exister durablement.

Le pari du format B2B

Le programme prévoit plus de deux heures de rencontres B2B dans l'après-midi. Pour Aslan Berjeb, c'est là que se joue l'utilité réelle du forum, plus que dans les discours ou les signatures officielles.

« Notre rôle, c'est de faire coller ces entreprises à la réalité tunisienne, de les préparer, de faire en sorte qu'elles identifient mieux le marché tunisien, pour créer des passerelles avec leurs homologues tunisiens, membres ou non de la CONECT. Au-delà d'être dans la même salle, on les met à la même table, dans des rencontres B to B qu'on organise toujours en marge de nos forums. »

Le succès, précise-t-il, ne se mesure pas au nombre d'accords signés dans la journée, mais à ce qui se passe ensuite, une réunion technique, un dossier commercial transmis, une visite d'entreprise, un contact professionnel qui se transforme en projet concret.

La Tunisie comme plateforme, pas comme marché final

Un exemple concret revient dans l'échange, l'investissement de KPIT Technologies à Sfax, un deuxième centre d'ingénierie logicielle pour un montant de 1,52 million de dollars. Pour Aslan Berjeb, ce type d'investissement illustre exactement ce que la Tunisie a intérêt à proposer.

« Une entreprise indienne qui investit en Tunisie ne cherche pas à vendre en Tunisie. Elle peut utiliser la Tunisie comme une plateforme, une plateforme de production, de service, d'ingénierie. »

Cette logique de plateforme s'appuie sur un argument déjà connu, l'accès de la Tunisie au marché européen grâce à ses accords commerciaux. Mais selon lui, l'enjeu dépasse l'accès géographique, il s'agit de créer de la valeur ici, avec les compétences des ingénieurs tunisiens, avant de la faire rayonner vers l'Europe ou l'Afrique.

Renouvelables, un renversement de posture

Sur l'énergie solaire, alors que l'Inde et le Maroc ont déjà développé des programmes de grande ampleur, Aslan Berjeb refuse de placer la Tunisie en position de concurrence.

« Notre proposition, c'est de les inviter à créer de la valeur chez nous. »

Plutôt que de viser la production de panneaux solaires ou la participation à de grands appels d'offres, il défend une offre centrée sur l'ingénierie, le stockage et l'efficacité énergétique, des domaines où les compétences tunisiennes peuvent, selon lui, apporter une réelle complémentarité.

Le vrai critère de succès

En clôture, je lui ai demandé ce qu'il retiendrait pour juger, à l'issue de la journée, si ce forum a été utile. Sa réponse dépasse le cas indien.

« Que ce soit avec l'Inde, l'Italie, la France ou la Pologne, les forums sont le point de départ de nouvelles affaires, le point de départ de nouveaux investissements, et surtout le point de départ de nouvelles relations économiques durables. »

C'est cette continuité, plus que l'événement du 20 août lui-même, qu'Aslan Berjeb met en avant comme mesure du succès du India-Tunisia Joint Business Forum.

L'entretien intégral avec Aslan Berjeb est à écouter sur la chaîne YouTube de RTCI, sur la page Facebook de RTCI et sur ce blog.


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