CNOT, 2026 : la stratégie devient une condition pour toucher les subventions

J'ai reçu Slaheddine Boudhina dans Haut Niveau, sur RTCI. Directeur de la communication et des relations internationales du Comité national olympique tunisien, il est venu parler des Jeux méditerranéens de Tarente. On a parlé effectif, médailles, favoris. Mais c'est un autre sujet qui a retenu mon attention, une décision qui va changer la façon dont les fédérations sportives tunisiennes fonctionnent.


Le CNOT a proclamé 2026 année de la planification stratégique. Derrière ce nom un peu administratif se cache une règle simple et radicale. Pas de plan stratégique, pas de subvention. Boudhina ne prend pas de gants pour l'annoncer. « Toute fédération qui n'a pas de plan stratégique n'aura plus droit aux subventions », m'a-t-il dit.

Ce n'est pas une improvisation. Le Comité olympique applique cette logique à lui-même depuis 2014. Un plan stratégique tous les quatre ans, un plan d'action pour le mettre en œuvre, et surtout, un accès facilité aux fonds de la solidarité olympique, le département financier du Comité international olympique, qui conditionne justement son soutien à l'existence d'un plan stratégique. Résultat, la Tunisie est devenue le premier comité national olympique africain à exploiter ces ressources.

Boudhina relie directement cette approche aux résultats de Rio 2016. Trois médailles, dans trois sports où la Tunisie n'était encore jamais montée sur un podium olympique, la lutte avec Marwa Amri, l'escrime avec Inès Boubakri, le taekwondo avec Oussama Oueslati. « C'est en misant sur l'accompagnement, sur l'entourage des athlètes, sur le plus qu'on a donné, grâce à ces fonds de la solidarité olympique, grâce à cette vision stratégique, que nous avons pu en 2016 remporter trois médailles dans des sports où on n'a jamais été sur le podium », explique-t-il.

Maintenant, le CNOT veut imposer cette discipline à l'ensemble du mouvement sportif tunisien. Quatre fédérations ont déjà été accompagnées dans l'élaboration de leur plan, le rugby, l'haltérophilie, le taekwondo et la natation, avec l'appui d'experts étrangers. Et la contrainte fonctionne. « Il y a des fédérations qui demandent, parce qu'ils ont très bien vu, nous avons nos plans stratégiques que nous avons distribués aux fédérations », précise Boudhina. Le Comité olympique en est à son quatrième plan stratégique, correspondant à son quatrième mandat.

Je lui ai posé la question qui fâche. Une bonne idée sur le papier, mais est-ce que la carotte et le bâton suffisent face aux résistances au changement. Sa réponse est honnête. « Quand on a commencé nous à adopter ce plan stratégique, il y avait aussi de la résistance au sein du comité olympique même », reconnaît-il. Il faudra du temps avant que toutes les fédérations soient au niveau. Certaines n'ont encore que des ébauches de plans.

Sur le fond, je rejoins son constat. Une fédération sportive n'est pas différente d'une entreprise. Un entrepreneur se fixe des objectifs, construit un plan, et mesure ses résultats en fin d'année. Une fédération qui demande des moyens sans savoir où elle va ne devrait plus avoir droit au même traitement que celle qui a fait ce travail.

Reste une question de fond que l'interview n'a pas tranchée, celle du lien entre ces plans stratégiques et les résultats sportifs eux-mêmes. Est-ce que les performances à Tarente compteront dans l'évaluation des plans fédéraux, ou est-ce que les deux resteront des dossiers séparés. Boudhina n'a pas vraiment répondu à cette question précise. C'est un point à suivre dans les prochains mois, à mesure que les fédérations avancent dans leurs propres plans.

L'interview complète, avec Slaheddine Boudhina, est à écouter sur Haut Niveau, RTCI.

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