Le Jazz Infiltré : comment le jazz s'est glissé dans huit autres genres
Cette semaine dans Chakchouka, je pars sur une piste que j'avais envie d'explorer depuis longtemps. Le jazz ne reste jamais dans sa case. Depuis un siècle, il s'infiltre, se mélange, contamine d'autres genres, et ressort transformé à chaque rencontre. Jeudi 23 juillet, je vous emmène en neuf escales, du plus doux au plus radical, pour retracer ce parcours.
Le concept Chakchouka
Chaque semaine, Chakchouka prend un thème musical et le décline à travers plusieurs genres. Comme le plat qui donne son nom à l'émission, plusieurs ingrédients, une seule cuisson. Cette semaine, l'ingrédient commun, c'est le jazz. Le résultat, neuf plats très différents.
Neuf escales, du plus doux au plus radical
J'ai construit ce parcours comme une montée en intensité. On commence sur une piste de danse à Londres, on termine sur une scène saturée de metal progressif.
Escale 1. Acid jazz, Londres, fin des années 1980
The Brand New Heavies mêlent groove funk et improvisation jazz. Le jazz retrouve la piste de danse, pensé pour le dancefloor plutôt que pour l'écoute assise.
Escale 2. Jazz-funk, années 1970
Herbie Hancock branche le jazz sur le funk. Rythmiques électriques, cuivres syncopés, un genre qui redéfinit ce que peut être un morceau de jazz.
Escale 3. Jazz-hip hop, New York, 1991
A Tribe Called Quest samplent basses et cuivres du jazz pour construire les productions du hip hop naissant. Le morceau Jazz (We've Got), sorti en 1991 sur The Low End Theory, illustre ce mariage.
Escale 4. Jazz-électronique, downtempo, Angleterre, 2010
Bonobo, nom de scène du producteur britannique Simon Green, associe textures électroniques et sonorités jazz. L'album Black Sands, sorti en 2010 chez Ninja Tune, illustre ce downtempo pensé autant pour l'écoute que pour le mouvement.
Escale 5. Jazz-reggae, Kingston, années 1960
The Skatalites se forment à Kingston au début des années 1960, et font dialoguer les cuivres du jazz avec le ska et le reggae naissants. Le disque Ball of Fire, réinterprétation de leurs morceaux enregistrée en 1997, prolonge cet héritage.
Escale 6. Third stream, Massachusetts, fin des années 1950
Le mouvement naît au festival de Brandeis en 1957. Gunther Schuller et le Modern Jazz Quartet font entrer le jazz dans l'écriture orchestrale, entre improvisation et composition classique.
Escale 7. Jazz-rock, fusion, années 1970
Le Mahavishnu Orchestra pousse l'improvisation jazz vers la puissance électrique du rock. On change d'échelle.
Escale 8. Jazz-punk, no wave, New York, fin des années 1970
James Chance percute le jazz et le punk, dans l'énergie brute de la scène no wave naissante.
Escale 9. Jazz-metal, metal progressif
Dream Theater se forme à Boston en 1985, et intègre l'improvisation et la complexité harmonique du jazz dans les structures du metal progressif. Le morceau The Dance of Eternity, sorti en 1999 sur Metropolis Pt. 2, en est l'exemple.
Le morceau qui résume tout
Un titre, deux mondes. Voice of Trespass, de Between the Buried and Me, condense le jazz et le metal dans un seul morceau. C'est le point d'arrivée de cette soirée, et la meilleure démonstration que ces neuf escales ne sont pas des cases étanches, mais un seul et même fil.
Écouter l'émission
Chakchouka, Le Jazz Infiltré, jeudi 23 juillet, de 21h à minuit, sur RTCI. Streaming audio disponible sur rtci.tn.
Karim Benamor. Chakchouka, RTCI.
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