Karahmana, Moez Toumi : la dernière représentation à Carthage, le 26 juillet | Karim Benamor

Karahmana : Moez Toumi referme le rideau sur sa matriarche, le 26 juillet à Carthage

Le 26 juillet, Moez Toumi montera une dernière fois sur la scène du Théâtre Romain de Carthage pour interpréter Karahmana. Après cette date, la matriarche qu'il incarne depuis janvier 2026 ne reviendra plus. C'est aussi la seule pièce de théâtre programmée dans toute cette 60e édition du Festival International de Carthage. Je l'ai reçu dans Summer Club sur RTCI pour parler de ce rôle, de cette femme qui lui a pris des années de travail, et de ce que représente le fait de lui dire adieu.

Habiter une matriarche : le travail du corps et de la voix

Construire Karahmana n'a rien eu d'une démarche linéaire. Moez Toumi parle d'un cheminement fait de tâtonnements, de textes écartés, de recherche sur la voix et la gestuelle jusqu'à trouver le bon référentiel.

« On se laisse aller, on se laisse imaginer, on se laisse se tromper aussi. »

Il compare le début d'une création à une toile blanche face à laquelle il faut avancer lentement. Une image qui revient souvent dans sa manière de décrire le travail d'acteur, entre instinct et discipline.

Une comédie née d'un projet salvateur

Karahmana traite de la maladie d'Alzheimer, mais sans noirceur. Moez Toumi a longtemps cherché comment aborder ce sujet sans tomber dans le pathos, avant de trouver un angle plus proche de la comédie que du drame.

« Je pense que c'est un projet salvateur. Cette maladie peut devenir ce qui nous sauve d'une mémoire douloureuse. »

Il confie même être parti dans la direction inverse de ce qu'on attendrait d'un tel rôle. « J'ai commencé par la dépression », dit-il, avant de trouver dans cette pièce un exutoire plutôt qu'un poids.

Le personnage vient de sa propre famille

Karahmana n'est pas une pure invention. Quand je lui demande s'il a déjà rencontré une femme comme elle, la réponse arrive sans détour.

« C'est ma mère. C'est ma mère, c'est ma grand-mère. »

Il évoque aussi une couturière rencontrée à Sidi Bou Saïd, une vieille Singer, une vie construite fil après fil. Des figures de femmes fortes et indépendantes qui ont nourri le personnage bien plus qu'une recherche théorique.

Le théâtre ne laisse aucune deuxième prise

Moez Toumi a aussi joué devant la caméra, mais il n'hésite pas sur la comparaison. Le théâtre, pour lui, est le terrain le plus exigeant.

« Au théâtre, tu n'as pas droit à l'erreur. C'est one shot. Ton public te regarde comme des fusils, les yeux. »

Face au gradin du Théâtre Romain de Carthage, cette exigence prend une autre dimension. Il évoque une scénographie pensée pour ce lieu précis, fidèle à la fable mais construite pour immerger le public dans le monde intérieur de cette femme.

Pourquoi cette version est la dernière

Le choix d'arrêter n'est pas un accident de parcours. Moez Toumi savait, dès le redémarrage du projet en janvier, que cette version ne durerait qu'une saison.

« Je vais la libérer dans l'imaginaire des gens, je vais la livrer entre de bonnes mains, au public de Carthage. »

Fait notable, la pièce n'a jamais été filmée en intégralité. « Je n'ai jamais filmé cette pièce, confie-t-il. Cette fois, elle va l'être. » Le 26 juillet marquera donc à la fois une dernière et une première. Et si le personnage quitte la scène, il ne disparaît pas pour autant. « Elle va rester dans la tête des gens, elle ne va pas mourir, elle va renaître définitivement », résume-t-il.

Infos pratiques

Karahmana, dernière représentation, le 26 juillet 2026 à 22h00, au Théâtre Romain de Carthage. Tarifs, 40DT en gradins, 80DT en chaises. Réservation sur teskerti.tn.

L'interview complète avec Moez Toumi est disponible en intégralité ci-dessus, et sur les pages YouTube et Facebook de RTCI.



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