Taxe sur la fortune en Tunisie : ce que la loi de finances 2026 change vraiment

Taxe sur la fortune en Tunisie : ce que la loi de finances 2026 change vraiment

Le 17 mars 2026, j'ai reçu Wassim Turki, expert-comptable, dans le cadre de l'émission Qima Moudhafa (القيمة المضافة), diffusée sur Essaida FM. Nous avons passé une heure à décortiquer l'une des mesures fiscales les plus importantes de l'année : la nouvelle taxe sur la fortune introduite par le Chapitre 88 de la loi de finances 2026. Ce que tu vas lire ci-dessous est un résumé structuré de notre conversation. La vidéo complète est disponible juste en dessous.

Ce qui a changé

Jusqu'à présent, la Tunisie appliquait une taxe limitée à la fortune immobilière. Le Chapitre 88 de la loi de finances 2026 marque un tournant : la taxe s'étend désormais à l'ensemble du patrimoine net.

Immobilier, terrains, parts de sociétés, obligations, assurances-vie, voitures de luxe, bijoux, objets d'art, animaux de valeur. Tout entre dans le calcul. Les dépôts bancaires et postaux restent exemptés. Les assurances-vie, non.

Le seuil d'imposition est fixé à 3 millions de dinars de patrimoine net au 1er janvier 2026. Le taux est de 0,5% entre 3 et 5 millions de dinars, et de 1% au-delà de 5 millions, appliqué sur l'ensemble du patrimoine.

Date limite de déclaration
30 juin 2026
Consulte un expert-comptable avant cette date.

Qui est vraiment concerné

C'est le point que Wassim Turki a le plus développé dans l'émission, et c'est celui qui surprend le plus. Beaucoup de Tunisiens pensent que cette taxe ne concerne que les grandes fortunes. C'est une erreur.

La loi inclut les biens meubles, un terme emprunté au droit civil qui désigne tout ce qui peut être déplacé : meubles anciens, argenterie héritée, collections, chevaux de race. Des héritiers de biens familiaux accumulés sur des décennies peuvent se retrouver dans le champ de la taxe sans l'avoir anticipé.

La loi consolide le patrimoine du tuteur légal avec celui de ses enfants mineurs. Un parent en dessous du seuil, dont les enfants possèdent chacun un livret d'épargne en actions, une voiture ou un appartement offert, peut franchir 3 millions de dinars sans avoir rien acheté récemment.

Les valeurs s'évaluent au prix du marché au 1er janvier 2026, pas au prix d'achat. Un bijou acheté 35 dinars il y a trente ans peut valoir 450 dinars aujourd'hui. Multiplié par dix pièces, l'addition monte vite.

Le problème central : l'évaluation

Au moment de notre entretien du 17 mars 2026, Wassim Turki pointait une lacune importante : l'administration fiscale n'avait publié aucune méthode officielle d'évaluation. Comment valoriser des parts de sociétés non cotées ? Des bijoux ? Des terres agricoles non exploitées ?

Le contribuable doit déclarer. Mais sur quelle base ? C'est le vrai risque : agir en bonne foi aujourd'hui, et faire face à un redressement dans quatre ans, quand l'administration dispose de son délai légal de contrôle. La situation a peut-être évolué depuis notre entretien. Vérifie auprès d'un expert-comptable avant le 30 juin.

3 choses à faire avant le 30 juin 2026

  • Fais l'inventaire complet de ce que tu possèdes : immobilier, parts de sociétés, bijoux, héritages, véhicules, placements. La valeur retenue est celle du marché au 1er janvier 2026, pas celle d'achat.
  • Consulte un expert-comptable ou un expert judiciaire pour établir une évaluation documentée. Garde une trace écrite de la méthode utilisée. En cas de contrôle ultérieur, c'est ta seule protection.
  • Ne présume pas que tu es en dessous du seuil. Fais le calcul d'abord, avec un professionnel si nécessaire.

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