Passerelles Savoirs-Médias : une première brique, et ce n'est pas rien

Le 15 avril, puis le 30 avril, j'ai contribué au lancement de Passerelles Savoirs-Médias. Une initiative de la Fédération Tunisienne des Directeurs de Journaux, avec Expertise France et l'Union Européenne. Quarante personnes dans une salle. Des journalistes d'un côté, des chercheurs de l'autre. Et entre les deux, des années d'incompréhension mutuelle à essayer de dénouer.

C'est un problème que je connais bien. Quand j'animais QIMA MOUDHAFA sur Essaïda FM, je passais des heures à décortiquer des policy briefs pour en sortir soixante minutes d'émission compréhensibles. Sans cadre, sans méthode, sans interlocuteur. Ce projet, c'est exactement ce cadre que j'aurais eu besoin d'avoir à l'époque.

Taieb Zahar, président de la FTDJ, a ouvert la journée du 15 avril sans fioriture. La recherche tunisienne est remarquable et personne ne la lit. Les médias cherchent de la substance et ne savent pas où la trouver. Le défi est là, posé simplement. Hedi Hamdi, membre du bureau directeur de la FTDJ, a rappelé quelque chose d'essentiel : on ne parle pas de la même manière à une radio, à un journal spécialisé ou à un pure player. Une évidence que l'on oublie trop souvent dès qu'on veut "communiquer".

Ce qui m'a le plus frappé, c'est une intervention d'Habib Zitouna lors de la matinée du 30 avril. Il a dit ce que personne n'ose dire : passer dans les médias, pour un chercheur, c'est une souffrance. C'est hors fiche de poste, non rémunéré, non reconnu. Il a raconté son passage sur Mosaïque, un reel à 150 000 vues, et des semaines de commentaires violents à suivre. "Tu évites d'ouvrir Facebook pendant deux jours." Ce n'est pas une anecdote. C'est un frein réel. Et un projet comme celui-là doit en tenir compte s'il veut durer.

Sahar Mechri, directrice de L'Économiste Maghrébin, a résumé ce qu'on essaie de construire en une phrase : "C'est une relation win-win. On ne peut pas gérer un média économique sans substance." Khaled Aouij a conclu le 15 avril avec la formule parfaite : "Ce n'est pas la fin de Savoirs Éco. C'est le début de Passerelles Médias."

Les binômes sont constitués. Les sujets sont sélectionnés. Les premières publications arrivent. Ce n'est qu'une première brique. Mais parfois, c'est la plus difficile à poser.


Commentaires